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Words of introduction

This piece, written by Jim Jarmusch and Luc Sante and planned as a 12 minute 35 mm short film, has to my knowledge only been published once, in the supplement – edited by Wim Wenders - to the no. 400 issue of Cahiers du Cinéma (Octobre 1987, page 33). What follows is first my transcript of this piece which appeared translated into French by Francine Siety. After that, there is my humble attempt to translate it back into English. So keep in mind that the wording might be all wrong, my English incorrect, and my interpretation of the French original flawed. I more than welcome anybody who can offer me suggestions or corrections to make the translation a little more readable to please help me out.
- Ludvig Hertzberg

[Thanks to Benoit Lelong for help]

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The Garden of Divorce


Jim a écrit cette histoire en 1980-81, en pensant à trois acteurs: Richard Boes pour le rôle de Cain, John Lurie pour celui de Jack, et Maria Duval pour Dale. Il l’avait écrit après avoir réalisé Permanent Vacation , avant la version courte de Stranger Than Paradise. Il l’a laissé tomber, préférant réaliser la version longue de Stranger. Son idée était de le tourner à New York, surtout à Brooklyn, Bronx et Long Island.
[Wim Wenders]

Le Jardin du divorce

(première ébauche)
Projet de film de Jim Jarmusch
Raconté par Luc Sante et Jim Jarmusch

1. A l’intérieur d’une grande prison quasi moyennageuse, les hommes sont entassés à trois ou quatre par cellule. Parmi les prisonniers tremblants, Richard Cain, dont le visage hagard est collé aux barreaux d’une cellule bondée. Les autres prisonniers restent à distance de Cain, le traitant avec crainte, respect, et un soupçon de raillerie. Il leur est étranger, indifférent et silencieux. Cain extrait une cigarette quelque part de ses vêtements misérables et la place entre ses lèvres exsangues. Derrière lui, un autre détenu, plus petit, presque bossu, fait un geste pour lui arracher le cigarette de la bouche. D’une simple mouvement automatique, sans même regarder, Cain le pousse contre le mur de la cellule. Le prisonier glisse par terre, avec un grognement incohérent, tandis que Cain allume sa cigarette et inspire une bouffée de fumée.

2. Le visage émacié de Richard Cain est à nouveau collé aux barreaux de sa cellule. On entend le pas des gardiens s’approcher, dominé par un bruit métallique de percussion, produit par les autres détenus. Ce bourdonnement de percussion est une rite indiquant la libération imminente d’un prisonnier.

3. Dans un austère bureau de la prison, Cain est debout devant une table. Il ne porte plus son uniforme de prisonnier en loques mais un costume bon marché fourni par la prison. Un dignitaire de la prison est assis derrière le bureau et regarde le dossier de Richard Cain. Alors qu’il lui dit que « sept années sur dix ce n’est pas si mal », Cain regarde fixement droit devant lui dans le vide. Un psychologue de la prison entre dans le bureau et, sans cérémonie, fait passer à Cain quelques tests simples pour contrôler ses réflexes ; sa réaction est faible ou nulle. Le psychologue blasé déclare que Cain est « comme un enfant » et ne présente aucun danger pour le monde extérieur. Il signe la libération de Cain, et s’en va.

4. Dehors, Cain longe un étroit chemin de terre battue, laissant à l’arrière-plan l’ensemble étroitement surveillé de la prison, qui s’estompe derrière de sombres formations de nuages en volutes. La prison rapetisse dans le lointain, au fur et à mesure que Cain poursuit sa marche, le visage semblable à une masque, les traits figés et sans émotion.

5. Cain descend un chemin bordé de hauts roseaux et de carcasses calcinées de voitures abandonnées. Il arrive à une clairière où une petite rivière se jette dans une étendue d’eau plus vaste. Cain s’asseoit les jambes croisées sur un petit coin de plage et regarde le paysage étrange qui l’entoure : des squelettes de voitures calcinées parsèment la plage et la surface de l’eau peu profonde ; très au loin se profile sur l’horizon une grande ville post-industrielle. Presque à la manière d’un enfant, il reste assis calmement, comme si le monde lui apparaissait pour la première fois.

6. Cain erre maintenant à travers les rues désertes de la ville. Des fragment de brique et de plâtre jonchent les trottoirs et les caniveaux, cependant qu’un son ambiant éthéré semble émaner de partout et de nulle part. Comme il tourne au coin d’une rue, il aperçoit au loin, étendu au milieu de la rue, un objet de grandes dimensions, ayant l’apparence de la chair. A distance, on dirait un cadavre nu, tendre et blanc, dans le crépuscule pâlissant. A mesure que Cain s’approche, la forme se précise : c’est un énorme poisson mort, de huit pieds de long, dont le ventre blanc irisé est tourné vers le ciel – une créature de la mer étendue, silencieuse, dans la rue déserte, à des kilometres de la mer. Cain dirige son regard vers le ciel, comme si le poisson avait pu tomber des nuages, puis le repose sur le rayonnement surnaturel de sa peau.

(Traduit de l’américain par Francine Siety)


Jim wrote this story in 1980-81, with three actors in mind: Richard Boes for the role of Cain, John Lurie for that of Jack, and Maria Duval for Dale. He had written it after having realized Permanent Vacation, before the short version of Stranger Than Paradise. He dropped it, preferring to carry out the long version of Stranger. He intended to film it in New York, principally in Brooklyn, Bronx and Long Island.
[Wim Wenders]

The Garden of Divorce

(first draft)
A film project by Jim Jarmusch
Written by Luc Sante and Jim Jarmusch

1. In the interior of a large medieval-like prison, three or four men are piled up in each cell. Among the trembling prisoners, Richard Cain, whose savage face is stuck to the bars of a crammed cell. The other prisoners stay at a distance from Cain, fearing and respecting him, they laugh at him. He is like a foreigner to them, indifferent and silent. Cain takes out a cigarette from some part of his miserable clothing and places it between his bloodless lips. Behind him, another prisoner, smaller, almost a hunchback, makes a gesture to snatch the cigarette off his mouth. By a simple automatic movement, without so much as looking at him, Cain pushes him against the wall of the cell. The prisoner slips to the ground, with an incoherent growl, while Cain lights his cigarette and exhales a puff of smoke.

2. The emaciated face of Richard Cain is again stuck to the bars of his cell. One can here the steps of guards approaching, dominated by a percussive metal noise, made by the other prisoners. This noise is a rite indicating the imminent release of a prisoner

3. In an austere office of the prison, Cain stands upright in front of a table. He does not carry his wrecked prison uniform any more but a cheap costume provided by the prison. A prison official of the prison sits behind the desk studying the file of Richard Cain. When he says to him that "seven years out of ten it is not so bad", Cain looks straight ahead with a fixed and vacant stare. A prison psychologist enters the office and, without ceremony, begins some simple testing of Cain’s reflexes; his reaction is weak or nonexistent. The blasé psychologist declares that Cain is "like a child" and presents no danger to the external world. He signs the release of Cain, and exits.

4. Outside, Cain walks along a narrow dirty beaten track, leaving behind him in the background the on the whole poorly supervised prison, which blurs behind dark formations of clouds of smoke. The prison disappears in the distance, as Cain walks on, his face reminiscent of a mask, the features fixed and emotionless.

5. Cain gets out to a path bordered with high reeds and burned wrecks of abandoned cars. He arrives at a clearing where a small river falls into a great lake. Cain sits down with his legs crossed on a small sandy spot on the beach watching the strange surrounding landscape: skeletons of burned cars are scattered on the beach and on the surface of the not very deep water; very far away on the horizon the profile of a large post-industrial town. Almost child-like, he remains sitting there calmly, as if the world appeared to him for the first time.

6. Cain now wanders through the deserted streets of the city. Fragments of bricks and plasters are scattered on the pavements and the gutters, yet an etheric ambient sound seems to emanate from everywhere and from nowhere. As he turns the corner of a street, he sees in the distance, lying in the middle of the street, a huge object, which seems of flesh and blood. From a distance, it seems to be not only naked but a naked corpse, tender and white, in the fading twilight. As Cain approaches, the shape becomes clear to see: it is an enormous dead fish, eight feet long, with its shimmering white belly turned towards the sky – a creature of the ocean, quiet, in the deserted street, miles from the sea. Cain looks up into the sky, as if the fish might have fallen from the clouds, then rests his eyes on the supernatural emanation of its skin.